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Le besoin de secours du Prophète
à travers la Sira
Notre bien aimé Prophète
a connu des moments de désespoir et de recherche ardente du soutien et du secours divins qui nous renseignent sur les étapes du cheminement de l’âme dans cette quête et de la réponse divine qui lui est associée.
1. Le Prophète
s’est montré désespéré à l’aube de la période de la révélation, quand celle-ci fut coupée pendant plusieurs mois. Il craignait d’être abandonné, il craignait de ne pas s’être montré à la hauteur de l’immense mission, honneur et responsabilité qui lui avaient été confiés.
Ainsi l’âme qui prend un chemin vers Allah, après avoir été innondée de lumière, suffisamment pour avoir envie de se mouvoir, traverse un moment d’obscurité, de solitude, où la présence divine ne se manifeste pas pour l’aider à ressentir le besoin, la faiblesse, pour l’aider à travailler la pureté de son intention et l’urgence de sa quête.
Quand tout cela a été ressenti, la présence divine réapparait, rassurante et généreuse pour nous montrer qu’elle ne nous a en fait jamais abandonnée, mais c’est notre connexion qui faisait défautAllah révéla au Prophète
la sourate ad-Douha , le Jour Montant,
“Par le Jour Montant! *Et par la nuit quand elle couvre tout!* Ton Seigneur ne t’a ni abandonné, ni détesté.” versets 1-3.
Il est important pour l’âme en désarroi de chercher au fond de soi le soutien indéfectible d’Allah qu’Il nous a toujours accordé mais que notre désarroi nous empêche de voir. La conscience d’être soutenu est le fondement du rétablissement.
« Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin? Alors Il t’a accueilli! *Ne t’a-t-Il pas trouvé égaré? Alors Il t’a guidé. *Ne t’a-t-Il pas trouvé pauvre? Alors Il t’a enrichi. » .versets 6-8. Ces paroles douces qui rayonnent d’amour pour le Prophète
font echo en nous à la sollicitude d’Allah envers nous. Est-il possible que nous n’ayons reçu aucun bienfait ? Non, alors ces bienfaits sont la clef pour rétablir le contact.
Dans cette sourate, sourate Ad Douha, Allah détaille trois différents moyens de gagner Son secours:
1- Allah rappelle Ses immenses bienfaits pour montrer que dans la reconnaissance et le remerciement, nous avons le moyen de prolonger à l’infini le gout de Son amour et de cultiver le sentiment d’être soutenu de façon infaillible. Ce sentiment est très important
2- Ensuite, Il nous engage à faire le bien aux autres et de les secourir, en particulier les plus démunis, comme Il l’a fait pour nous car c’est un moyen aussi important de cultiver le secours. Le Prophète
nous demande :
"Aidez-moi à porter secours aux plus faibles, car la victoire et la subsistance ne vous sont accordées que par égard aux faibles d'entre vous." (Abou Dâoûd)
3- Enfn, Il nous invite à faire Da’wa, l’appel vers Lui en racontant Ses bienfaits. En effet, ceux qui appellent à Son service sont les premiers à mériter Son secours.En conclusion Allah AJ nous montre dans cette sourate que le secours divin vient à nous - et il ne tient qu’à nous de le prolonger - pour trois raisons
2. Le Prophète
a connu aussi un moment de profonde tristesse après les mauvais traitements subis à Ta’if, lorsqu’il recerchait une protection et s’est reçu des pierres et des insultes.
Cet événement eut lieu au moment le plus triste de sa mission, après qu’il ait subi deux années d’embargo infamant et épuisant qui lui firent perdre sa bien-aimée Khadija et son oncle Abu Talib qui était son protecteur. Privé de son consoloteur (Khadija) et de son protecteur (son oncle), il se rendit à Ta’if à pied bravant la colère des qoraïches qui verraient d’un mauvais œil ce voyage réponses furent désolantes. Il se rendit chez les notables de cette ville et reçut le pire accueil. Le premier lui dit : « Est-ce qu’Allah n’a trouvé personne d’autre que toi pour l’envoyer ? ! » Le deuxième: « Ou bien tu es un prophète et donc tu es trop grand pour que je puisse te parler, ou bien tu es un menteur et donc tu es trop vil pour mériter ma parole ! » Et le troisième : « Par Allah si je te voyais même accroché aux rideaux de la Kaaba jurant que tu es l'envoyé de Dieu je ne te croirais pas ! »
Le Prophète
essuya leur refus et leur dit alors, que s'ils ne voulaient pas rallier la cause à laquelle il les conviait, au moins qu'ils s'abstiennent d'informer Qoraïche de sa venue à At-Tâëf. Mais comble du malheur, ils envoyèrent sur le champ quelqu'un à La Mecque prévenir Qoraïch que Mohammed était venu solliciter leur soutien contre eux et qu'ils avaient refusé.
Le Prophète
, déçu par leur réaction, prit congé et leur demanda de le laisser partir. Mais au lieu de le laisser faire, ils ordonnèrent à leurs esclaves et leurs enfants de l’insulter et de lui jeter des pierres. Ces derniers se rangèrent des deux côtés de la route et lui lancèrent des pierres sur les pieds et sur la tête à chaque pas. Le Prophète
saignait abondamment. Zayd l'entourait pour le protéger et ils coururent ainsi recevant les pierres et les mottes de terre.
Ils ne s'arrêtèrent qu'une fois arrivés à un petit jardin. Ils entrèrent et se reposèrent au pied d'un palmier qui s'y trouvait. Le Prophète
, qui était tout en sang, leva les mains. Mais au lieu de prier Dieu de châtier ceux qui lui avaient fait du mal, il fit cette belle invocation qui est à elle seule une leçon de soumission :
« Ô Allah, je me plains à Toi de ma faiblesse, de mon peu de pouvoir et du peu de considération que les gens ont pour moi, ô Toi Le Plus Miséricordieux des miséricordieux, Tu es mon Seigneur et celui des faibles. A qui m’abandonnes-tu ? A un étranger qui m’attaque ou un ennemi de qui Tu m’as fait dépendre ? Si Tu n’es pas en colère contre moi cela m’est égal. Ta clémence est plus généreuse envers moi. Je me réfugie en Ton visage pour lequel les ombres se sont dissipées et qui a ajusté tout ce qui concerne ce monde ici-bas et celui de l’au-delà, de faire tomber sur moi Ta colère ou de me faire parvenir Ton désagrément. Je supporterai tout reproche jusqu’à ce que Tu sois satisfait et il n’y a de pouvoir ni de puissance qu’en Toi. »
Le Prophète
a montré qu’il craignait surtout que le manque de secours et de soutien apparent qu’il vivait à cet instant ne fût l’expression de la colère divine à son encontre.
Il nous a montré en outre la bonne opinion que l’on doit garder de son Créateur dans des circonstances difficiles et la mauvaise opinion de soi comme l’expression de l’adab exemplaire, de la politesse la plus accomplie, que la du’a vient parachever comme expression tendue vers l’Unique de la soumission parfaite.
Cette dou’a exprime successivement : la plainte ne doit revenir qu’à Dieu, comme enseigné aussi par le Prophète Ya’qoub.
- l’exaltation du sentiment de sa faiblesse et de son incapacité propre comme expression parfaite de l’ouboudiya (servitude)
- l’exaltation de la miséricorde divine comme seul moyen de secours
- le positionnement en tant que serviteur faible dans le besoin
- le questionnement par rapport aux causes secondes et apparentes
- le questionnement par rapport aux causes premières et cachées
- l’orientation de l’intention et la déclaration du besoin
- la recherche de la lumière divine pour y voir plus clair et de la protection divine contre la colère divine car il n’y a de refuge contre Lui qu’en Lui.
- la recherche de la satisfaction divine
- la remise confiante à Dieu.Ainsi cette dou’a nous enseigne que la recherche du secours divin doit se faire dans une posture, celle du serviteur soumis, parfaitement nettoyée de toute prétention à pouvoir ou à connaître, et totalement tendue vers l’objet de son désir.
A la suite de cette dou’a les bienfaits se sont répandus sur le bien aimé Prophète, tels le réconfort apporté par le serviteur Addas, la conversion des djinns, la libération du besoin de protection sauf de Dieu, la nuit de l’isra wa l’mi’raj qui compte parmi les plus grands bienfaits accordés au Prophète
.
Sur le chemin du retour, l'ange Djibrîl descendit avec l'ange des montagnes. Djibrîl dit : « ô Mohammed, Dieu a entendu ta complainte et a entendu les propos que t'ont tenus les tiens. Il m'envoie avec l'ange des montagnes, ordonne-lui ce que tu veux. » L'ange des montagnes dit à son tour : « Si tu me l'ordonnes je ferai plier sur eux ces deux montagnes. » Mais le Prophète dit : « N’en faites rien, peut-être Dieu fera-t-Il naître d'eux des serviteurs pieux qui L'adoreront. » L'ange s'étonna et lui dit : « Véridique est Celui qui t'a appelé le compatissant et le miséricordieux. » C'est ainsi que Dieu l'appela dans le Coran. Allah (exalté soit-Il) dit- ce qui peut être traduit comme : "Certes, un Messager pris parmi vous, est venu à vous, auquel pèsent lourd les difficultés que vous subissez, qui est plein de sollicitude pour vous, qui est compatissant et miséricordieux envers les croyants. "Du’a, complète soumission (‘ouboudiya), compassion (indulgence) et espoir sont les moyens élevés de recherche du soutien divin de l’âme qui cherche à plaire à Allah.
Nous devons aussi être détaché de l’obtention ou non du résultat de nos efforts et ne pas vivre cela comme un manque de soutien.
Rappelons nous ainsi que ce qui a été accordé au Propheteétait à chaque fois différent que ce qu’il recherchait : Médine et non Taïf, la conversion de ‘Addas, un esclave et non les nobles, la promesse des jinns et non des hommes, le bénéfice d’un voyage celeste et non d’un voyage terrestre, pour nous montrer que dans notre recherche du soutien divin, peu importe que le plan divin ne soit pas conforme à nos efforts et nos visées, ce qui compte c’est que notre cœur ne batte que du désir de l’aimé.
3. Le troisième récit édifiant de la Sira sur la recherche du secours divin dans une situation quasi-desespérée est l’épisode de Badr.
Les musulmans présents pour la bataille de Badr étaient faibles, en petit nombre, sous-équipés, non préparés psychologiquement car sortis pour la caravane, devant une armée forte, nombreuse, équipée et remontée.
En plus de ce désavantage apparent, l’enjeu de la bataille était énorme. C’est la première bataille de l’islam, si elle est perdue, l’islam ne prendra jamais son élan pour se répandre, et les cœurs des croyants, après 13 ans de souffrance et de martyr en patience seraient définitivement désespérés.Le Prophète
, aidé de 313 compagnons a préparé minitieusement la bataille en une journée pour mettre tous les avantages matériels de leur côté.
Puis, après avoir aligné les rangs, il retourna à sa tente et y entra avec Abou Bakr As-Siddiq radihallahou anhou.
Avec ferveur, il supplia le Seigneur des cieux et de la terre, Celui qui détermine la fin et les moyens, de venir au secours des musulmans en ce moment difficile. Il demanda instamment à Allah : « Ô Allah ! Si Tu extermines ce petit groupe de musulmans, il n’y aura plus personne pour T’adorer sur terre ! » Dans un état de grande exaltation, il leva les mains en prière et, à genoux, il implora : « Ô Allah ! Remplis la promesse que Tu m’as faite ! Aide-nous, ô Allah ! » Il était si absorbé par sa prière que son manteau tomba de ses épaules. Abou Bakr, grandement affligé de voir le Prophète d’Allah en larmes, vint le consoler et le réconforter.
Le Prophètedormit pendant un laps de temps, se réveilla et dit:
- «Réjouis-toi, Abou Bakr, la vitoire d'Allah nous est parvenue. Voilà Gabriel qui conduit une jument, couvert de poussière».L’appel du secours divin a porté sur ces trois axes :
Le Prophète
était agité en raison de l’extrême amour qu’il a de son Créateur, qu’il ne veut plus voir désobéi sur la terre.
Cet amour le soulevait, le transportait et le rendait prêt à tout endurer pour Lui comme nous l’avons vu à Taïf. Mais ici, cet amour était encore plus fort, emprunt de la jalousie saine qui ne supporte pas que la gloire et la victoire ne Lui reviennent pas alors qu’Il est le Donateur et le Glorieux.
Cet amour aussi était emprunt d’une compassion énorme pour l’humanité qui passerait définitivement à côté de l’unique chance de retrouver un chemin vers son créateur.
Abou Bakr fut touché de voir le Prophètepleurer et voulut le consoler, mais le Prophète
nous montre ici que pour mériter le soutien divin, il ne faut faire les choses que pour la seule gloire de Dieu et que la recherche sincère de cette gloire doit déclencher en nous une souffrance, une brûlure intense à l’idée qu’elle ne soit pas atteinte, même si elle nous a été promise.
Dans cet état d’agitation et de larmes pour la gloire d’Allah, le Prophètea canalisé toute la nécessité, tout le besoin de l’humanité en une supplication en forme de secousse à la Porte de tout miséricordieux ; et tout le but de la création, qui est l’adoration de Dieu, s’y est trouvé concentré comme le but à atteindre. De cette symbiose parfaite et sincèrement exprimée du but de la création et du but de la bataille ne peut que s’actualiser la promesse avec la venue de l’Ange annonciateur et résulter la victoire.
La promesse est là, certes, mais sommes nous si sincères qu’elle nous sera accordée ? Depuis combien de temps la promesse du vicariat de la terre et de son héritage aux croyants a t-elle été faite ? Pourtant Dieu ne manque pas à Sa promesse, mais où est la génération qui va la mériter ?L’épisode de Badr est le plus poignant du secours divin. Il fut demandé dans sa forme la plus parfaite, et accordé de même. Pour la première fois, les anges furent les soutiens au combat des croyants. L’aide d’Allah était présente en tout, dans le climat, les rêves, les ablutions, la boisson, l’organisation tranquille des croyants, et dans la déroute des énnemis, leur empêtrement dans la boue, assoifés et sales, puis leur débacle et leur humiliation.
Qu’Allah nous ouvre les moyens de Son secours ; qu’Il fasse de nous des serviteurs sincères et véridiques, Lui, le Véridique dans Sa promesse.
Note à l’attention des dou’ates :
Ceux qui font Da’wa en utilisant la méthode du Prophète
, c'est-à-dire en suivant les gens plusieurs années et non par conférences indifférentes doivent savoir que ces trois épisodes de la vie du Prophète
correspondent à trois étapes du cheminement des disciples/élèves/étudiants.
Ainsi le goupe tout entier vivifie t-il la demande de secours divin et celui-ci leur sera-t-il accordé.
Que la grâce et la paix soient accordées à notre bien-aimé Prophète
, notre illustre exemple et à tous les messagers, ainsi qu’à nos maîtres vénérés et à tous les véridiques.